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 Laïcité défaite ou obsolète ?

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Akasha

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MessageSujet: Laïcité défaite ou obsolète ?   Dim 31 Jan - 6:25

Laïcité défaite ou obsolète ?

Auteur : Eric Conan


Manuel Valls lors de la remise des prix annuels du Comite Laicite Republique - IBO/SIPA

Il n'y a pas "deux conceptions de la laïcité" comme le fait croire Bianco. Il y a ceux qui y ont renoncé et ceux qui s'accrochent encore à cette tradition. Les défenseurs de la laïcité ne sont plus défendus en périphérie que par l'irréductible Comité Laïcité et République, les derniers chevènementistes, la franc-maçonnerie, "Charlie Hebdo", "Marianne" et quelques essayistes infatigables.


L'attaquant n'est pas toujours celui que l'on croit. En recadrant Jean-Louis Bianco, Manuel Valls n'avait pas le choix. Il avait déjà tant tardé. Ayant pour mission d'«assister le gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité en France», le président de l'Observatoire de la laïcité accumulait les provocations. Dénonçant les «laïcistes intégristes», mais minaudant avec les vrais intégristes islamistes. Et s'associant avec des rappeurs appelant à «crucifier les laïcards». A force de ne pas réagir, le Premier ministre se ridiculisait. Mais réagir soulage sans garantir de l'emporter...

On dit Manuel Valls estomaqué par l'arrogance de la réponse de Jean-Louis Bianco. Ce faux placide se sait simplement le plus légitime ! Ce que le Parti socialiste a retenu de la laïcité, c'est lui qui l'incarne historiquement. Il y a trente ans, il était déjà à la manœuvre à l'Elysée. C'est lui, le génie de l'opération SOS Racisme lancée au moment où le PS renonçait à son programme économique et social pour se convertir au néolibéralisme. SOS Racisme et son logiciel initial - le relativisme culturel du «droit à la différence» - qui ont ringardisé la laïcité devenue «discriminatoire»...

Car il n'y a pas «deux conceptions de la laïcité», comme le fait croire habilement Bianco. Il y a ceux qui y ont renoncé et ceux qui s'accrochent encore à cette tradition. Comme Jean Glavany qui, au lendemain des attentats de janvier 2015, dénonçait déjà les «positions angéliques, antilaïques et inacceptables pour la République» de l'Observatoire. Manuel Valls est aussi isolé que l'ancien ministre, comme le confirment les manifestations de soutien à Bianco. De Julien Dray défendant son «pote depuis bientôt trente-deux ans» à Jean-Christophe Cambadélis redéfinissant la laïcité comme «la capacité de croire ou de ne pas croire et d'être respecté pour cela». Exactement ce que disait Lionel Jospin en 1989 pour s'abstenir lors de l'affaire de Creil. Depuis, lois et règlements de laïcité ont été l'affaire de la droite. Depuis, le PS s'est installé entre sophisme (appliquer la laïcité à l'islam qui n'y a jamais été confronté serait en faire un «outil antimusulman») et clientélisme (jusqu'à prôner le «développement de l'enseignement confessionnel musulman»).

Non seulement la légitimité de Bianco vient de loin, mais il tient son onction officielle de François Hollande qui l'a personnellement nommé à la tête de cet Observatoire. Après avoir supprimé le Haut Conseil à l'intégration créé par Rocard, qui était devenu une sorte de conservatoire de la laïcité. Et dont faisaient partie Manuel Valls et Elisabeth Badinter ! C'est donc une vieille querelle interne qui dure... Mais pas au bénéfice des minoritaires. Déjà, quand après l'affaire Baby Loup Manuel Valls souhaitait une loi pour que les crèches laïques puissent interdire le voile à leur personnel, Bianco - dont la première intervention publique de président de l'Observatoire fut d'affirmer que «la France n'a pas de problème avec sa laïcité» - avait alors argué qu'«un débat législatif risqu[ait] d'être dangereux» parce qu'«on constate un développement du communautarisme» et que «notre pays est terriblement tendu, il y a de l'agressivité, du désespoir et de la haine»... Et François Hollande avait tranché en faveur de Bianco. Depuis, pas grand-chose à signaler, sinon les fameux rapports pour une «intégration inclusive» aussi vite commandés qu'enterrés par Jean-Marc Ayrault en 2013 et qui proposaient de supprimer la loi de 2004 sur les signes religieux à l'école jugée «discriminatoire».

La fière morgue de Jean-Louis Bianco ne fait donc que souligner la position défensive des défenseurs de la laïcité. De plus en plus mal tolérés par des partis de gauche soumis à l'électoralisme communautaire, ils ne sont plus défendus en périphérie que par l'irréductible Comité Laïcité et République, les derniers chevènementistes, la franc-maçonnerie, Charlie Hebdo, Marianne et quelques essayistes infatigables. Manuel Valls, qui a lui-même beaucoup varié sur la question, ne fait que se raccrocher au repère que constitue depuis trente ans Elisabeth Badinter. Laquelle est désormais conspuée par une large partie de la gauche. Et chacun y va de sa contribution à la confusion générale, comme le montre le récent «guide pratique» la Laïcité au quotidien, de Régis Debray (Folio), surprenante improvisation esthétique aussi subjective que peu pratique.

Mais le trouble qui saisit les laïques dépasse l'agacement face aux redéfinitions baroques ou intéressées de la laïcité. Ou l'inquiétude face à sa trahison par la gauche. Certains se montrent sensibles à l'analyse (sinon aux préconisations !) du philosophe Pierre Manent doutant que la laïcité, outil né d'une querelle propre au monde judéo-chrétien, puisse seule faire face au défi inédit de certaines formes d'islam. La loi de 2010 interdisant le niqab atteste cette limite : régulièrement présentée à tort comme une loi de laïcité, cette interdiction législative ne pouvait se fonder en droit ni sur elle (la laïcité n'interdit aucun accoutrement dans la rue), ni même sur les droits de l'homme (ou de la femme). Contre ce signe ostentatoire du refus de l'altérité et du métissage qu'est le voile intégral, les parlementaires durent invoquer les «exigences minimales du vivre-ensemble dans la société française». La nature identitaire de cette loi votée par une minorité d'élus de gauche (dont Manuel Valls et Robert Badinter...) fut bien analysée par le Grand Orient de France plaidant la nécessité nouvelle de défendre «les limites culturelles de la communauté nationale à une période donnée». Pas une affaire de laïcité, mais de civilisation.


http://www.marianne.net/laicite-defaite-obsolete-100239876.html
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